J'ai pris un bain, cette nuit. J'aime bien m'allonger dans l'eau chaude le soir. D'abord, j'ai l'impression de flotter... Magali dirait que je fais la baleine pour de vrai... (l'Amoureux, parfois, il dit qu'avec Magali, j'ai pas besoin d'avoir d'ennemis !!! Bon, il faut dire qu'on a déjà fait un concours de cétacés il y a trois ans... que j'ai d'ailleurs remporté haut la main ! Alors ça rapproche !). N'empêche, on peut se bercer, faire des vagues (pas trop, sinon, ça déborde... mais comme je ne m'auto-gronde pas, ce n'est pas si grave !), se mettre sur le côté et avoir l'impression d'avoir un ventre aussi léger qu'une bouée...

Et puis quand je suis dans l'eau, que plus rien ni personne ne bouge dans la maison, je peux me regarder le nombril et observer ce qu'il se passe. Les bébés, ils réagissent à la température. Alors, ça fait des bosses qui se déplacent sans contrainte autour du ventre. Surtout une bosse, le dos de la Petite Soeur. J'aime bien savoir comment elle est placée, si son dos est à gauche ou à droite, où sont ses pieds, si elle est tournée vers l'intérieur ou vers l'extérieur. J'aime bien jouer avec elle. Je la pousse. Je l'appelle. Elle vient.

J'étais donc dans mon bain hier. Et je me disais :"tiens, c'est peut-être la dernière fois que j'ai ces sensations là !" J'ai toujours été fascinée par ce compte à rebours dont on ne connaît pas l'échéance ! C'est un temps à part. Une attente de cet enfant qu'on ne connaît pas vraiment même si on le porte en soi. A quoi ressemblera-t-elle ? Plus le moment de la naissance approche, plus les souvenirs des naissances de Chouinette et Crapouillot me reviennent en mémoire... Quand elle sera là, je n'aurai plus de sensations de grossesse mais d'autres petits bonheurs viendront les remplacer... La joie de partager des moments avec les autres personnes de la famille, l'odeur qu'elle aura, la chaleur de son petit corps...

Pendant que mes souvenirs venaient prendre le pas sur mes interrogations, j'ai laissé la vapeur chaude de l'eau (et la fatigue !) m'envahir petit à petit... Mes paupières sont devenues lourdes... Elle s'est blottie dans ma main, a bougé encore un peu... et nous nous sommes endormies, chacune dans notre monde liquide qui nous rend si proches et encore si étrangères... peut-être pour la dernière fois.